Protéger les racks à palettes : les recommandations de l'INRS
Dans un entrepôt, le scénario qui fait basculer une journée ordinaire tient en une seconde : une fourche ou un contrepoids qui accroche un montant en bas de rack. La structure d'un rayonnage à palettes est calculée pour porter des charges verticales, pas pour encaisser le choc horizontal d'un chariot de plusieurs tonnes. Un montant plié en partie basse peut suffire à déstabiliser l'échelle, puis la travée, puis la rangée, avec les marchandises qu'elles portent.
C'est précisément pour cette raison que l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité, la référence francophone en prévention des risques professionnels) consacre un volet de son guide ED 771, « Les rayonnages métalliques », aux protections dites passives : celles qui encaissent les chocs à la place de la structure. Voici ce qu'il faut en retenir, et comment le traduire en équipement concret.
Pourquoi un choc de chariot peut coucher toute une rangée
Le guide de l'INRS le formule sans détour : la structure d'un rayonnage « n'est pas conçue pour absorber des chocs d'exploitation importants ». Les zones les plus exposées sont toujours les mêmes : les extrémités de rangées, que les chariots frôlent à chaque rotation, et les pieds d'échelle intermédiaires, heurtés pendant les manœuvres dans les allées.
Autre point souvent découvert trop tard : une protection fixée directement sur le montant ne règle pas le problème, car elle transmet une partie du choc à la structure qu'elle est censée protéger. Le dépliant ED 6468 de l'INRS recommande ainsi des dispositifs « fixés de manière appropriée directement dans le sol, sans contact avec la structure du rayonnage ».
Les repères de l'INRS : au moins 400 mm, fixé au sol
Pour les points sensibles du rayonnage, le guide ED 771 donne des repères précis :
- Extrémités de rangées (pieds et partie basse des montants) : « des protections de pieds d'échelle ou des glissières au sol, de résistance suffisante et de hauteur minimale 400 mm, doivent être installées ».
- Pieds d'échelle intermédiaires exposés aux chariots : « un bon moyen de protection consiste à fixer au sol, devant chacun d'eux, un sabot de protection d'une hauteur minimale de 400 mm ».
- Disposition : les protections doivent être adaptées aux types de chariots qui desservent l'installation, et placées de façon à ne pas contribuer à leur renversement.
Le chiffre à retenir : 400 mm. C'est la hauteur minimale recommandée par le guide ED 771 pour les protections de pieds d'échelle, sabots comme glissières. Un critère simple à vérifier avant tout achat.
Choisir la protection selon le point à protéger
Angles et extrémités de rangées. C'est le rôle du sabot de protection d'angle en acier : posé aux coins des rangées, dans les allées où circulent les engins, il encaisse les chocs frontaux des chariots élévateurs à la place du montant.
Montants d'échelle en pleine allée. Le sabot de protection pour montant d'échelle, en forme de U, entoure le pied du montant dans les zones de stockage à fort trafic.
Échelles en environnement humide ou frigorifique. La protection d'échelle en polyéthylène existe en deux hauteurs, 40 cm et 60 cm, pour des montants de 7,5 à 9,9 cm ou de 10 à 12,5 cm. La version 40 cm correspond au minimum recommandé par l'INRS, la version 60 cm le dépasse.
Acier ou polyéthylène ? L'acier encaisse les impacts les plus violents et se remplace après un choc sérieux : une protection déformée a fait son travail. Le polyéthylène absorbe les chocs courants sans jamais se corroder, un vrai avantage en atmosphère humide. Sur la tenue des aciers dans le temps, notre article sur les différences entre acier inoxydable et acier galvanisé détaille les critères.
Dernier réflexe avant de commander : vérifiez la hauteur du modèle choisi par rapport au repère des 400 mm, et sa largeur utile par rapport à la section de vos montants. Ces deux cotes conditionnent tout le reste.
La protection ne remplace ni la plaque de charge ni les vérifications
Un sabot bien choisi n'exonère de rien. Le guide ED 771 rappelle que la charge maximale admissible par emplacement et par niveau doit être affichée à chaque entrée de rangée, lisible par le cariste depuis son poste de conduite, et qu'une installation doit être vérifiée avant sa mise en service par le fournisseur ou un organisme compétent.
Pour l'exploitation au quotidien, l'INRS renvoie à la norme NF EN 15635 (« Systèmes de stockage en acier : utilisation et maintenance de système de stockage »), qui cadre notamment le suivi des dommages. Deux réflexes en découlent : signaler immédiatement tout choc au responsable de la sécurité, et remplacer une protection déformée sans attendre, car elle a déjà absorbé ce qu'elle pouvait absorber.
Au-delà des racks : colonnes, quais et arêtes
Les rayonnages ne sont pas les seuls points durs d'un entrepôt. Les colonnes de bâtiment exposées aux allées se protègent avec un butoir de protection de colonnes emboîtable en acier galvanisé thermolaqué. Les quais de chargement appellent un garde-corps en acier galvanisé, à retrouver dans la gamme garde-corps pour quai. Pour les arêtes, piliers et tuyauteries au contact des piétons et des transpalettes, les mousses et butoirs de protection complètent l'ensemble, ainsi que la gamme protection de piliers et de colonnes.
Ce que cet article ne peut pas décider à votre place
Le bon modèle dépend de vos chariots (masse, hauteur des fourches, rayon de braquage), de la largeur de vos allées et de l'implantation de vos rangées : le guide ED 771 insiste justement pour que les protections soient adaptées aux engins qui desservent l'installation. La vérification de l'installation et son suivi dans le temps restent de la responsabilité de l'exploitant. Et s'il reste un doute entre deux références, notre service client vous répond en direct : dites-nous ce que vous stockez et avec quels engins, nous vous orienterons.
Sources : INRS, guide ED 771 « Les rayonnages métalliques » (inrs.fr) et dépliant de synthèse ED 6468 (inrs.fr) ; norme NF EN 15635:2009 « Systèmes de stockage en acier : utilisation et maintenance de système de stockage ».